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Dear Tim Cook

Je ne suis qu’un humble utilisateur de Macintosh depuis 1989 et depuis ce temps-là je n’ai jamais utilisé quoi que se soit en provenance de la concurrence, jamais.
J’ai toujours défendu Apple, notamment quand la société était au plus mal et semblait sur le point de péricliter, gardant confiance en l’avenir, car je savais que cette entreprise avait les moyens de retourner la situation.

J’ai vu venir OS X, je le sentais et je n’ai pas été contredit, quand Apple à annoncé le rachat de neXt j’ai été plus excité qu’étonné, ayant eu la chance de manipuler un neXt-Cube, je savais que le choix était très bon.

Quelle aventure que cet OS X premier du nom, le fameux Mac OS X 10.0.3, le truc le plus instable que je n’avais jamais eu sur Mac (avant Yosemite bien sûr), mais qui n’annonçait que du bon pour la suite (contrairement à Yosemite), c’était encore une bêta et ce qu’elle faisait quand elle ne plantait pas était juste énorme malgré tout.

Je suis revenu sur 9.2.2 pour bosser et quand j’ai reçu mon CD de la mise à jour 10.1 (parce qu’à l’époque Apple t’envoyait le CD à ton nom), je l’ai installée dans la foulée.

Je ne suis jamais retourné sur Mac OS 9, profitant de Classic pour les quelques applications qui n’avaient pas encore été transposées sur le nouvel OS, mais bootant définitivement sur OS X depuis ce jour.

Puis vinrent les versions suivantes, 10.2 (naissance d’iChat), puis 10.3 (naissance de Safari que j’avais prédit dans un article publié sur mon site perso) et les suivantes jusqu’au dernier système exploitable, 10.6, Snow Leopard.

Jamais un plantage, pas une seule perte de données, les mises à jour installées sans réfléchir par-dessus les anciennes et qui se sont toutes déroulées sans le moindre accroc.
Je dis bien dernier système exploitable, car c’est à partir de là qu’Apple va commencer à emprunter une pente très glissante vers la médiocrité.

Encore aujourd’hui, j’entends de nombreuses voix qui pensent comme moi que Snow Leopard est le dernier « vrai » système d’exploitation produit par Apple, je connais même des professionnels qui sont restés sur SL par peur de ne plus pouvoir travailler sur les versions suivantes, quand je regarde ça avec du recul, j’en viens à me demander s’ils n’avaient pas raison finalement.

Puis vint le tour de Lion… aie…

Ah Lion et cette nouvelle procédure d’installation qui passe par App Store et qui nécessite un téléchargement.

J’habite à la Réunion, une île magnifique située au milieu de l’océan Indien, ne cherche pas dans la mer sur ta carte Tim, pour ta boîte, cette île se trouve sur le continent africain…

La Réunion, c’est aussi (comme la Nouvelle-Calédonie que j’ai aussi eu la chance d’habiter) l’une des connexions les plus mauvaises que je n’ai jamais eues, les débits sont exécrables et le passage à Lion se fera sentir, le téléchargement prenant entre 2 et 185 heures, oui oui, 185 heures ! Je dis entre 2 et 185 parce que bien entendu, le téléchargement plantera plusieurs fois avant de finalement passer.

Qu’à cela ne tienne, j’ai toujours eu une confiance aveugle en Apple et je ne me laisserai pas impressionner par ce genre de petits détails.
D’ailleurs, à l’époque, je travaillais pour toi Tim, j’étais Technicien Certifié pour un revendeur local.

Pour l’anecdote, j’ai eu ma certification ce jour triste du départ de Steve.

Le matin, je me suis levé, excité et un peu nerveux quant à la perspective qui s’ouvrait à moi, et comme d’habitude, je suis allé faire un petit tour sur mes sites d’infos favoris, pour y lire l’information qui me mettra sur les genoux, un véritable choc.

Fortement ému, je vais hésiter à me présenter au centre de certification, incapable que j’étais d’accepter cette réalité… et de me concentrer.

Mais c’est en me remémorant ses propres paroles que je vais avoir le coup de fouet qu’il fallait, comme il aurait voulu que je le fasse, je laisserai ces détails de coté et me présenterai pour finalement l’obtenir « très facilement » !

Mon premier diplôme, le seul d’ailleurs de ma vie et il est signé Apple, j’en pleurais, j’te jure, ça à l’air débile comme ça, mais ce jour là restera à jamais l’un des plus beaux de ma vie.

En sortant du centre, j’ai levé les yeux au ciel et je lui ai dit merci de m’avoir donné cette force, j’imaginais comment il devait être fier de moi, puis j’ai vu les regards de travers des gens sur le trottoir, j’avais du parler à haute voix, mais je m’en foutais, j’avais enfin un pied dans la boîte qui me faisait rêver depuis plus de 20 ans, j’étais l’homme le plus fier du monde et le reste m’était égal.

Lion donc, par réflexe, et après avoir perdu plusieurs jours à essayer de télécharger la chose, je copierai l’installeur sur un disque externe, je ne le savais pas encore, mais je venais de me sauver la mise pour plus tard, car c’est effectivement ce qu’il faut faire, depuis Lion, il est fortement conseillé de faire une copie de l’installer avant de continuer… au cas où.

Mon Mac ne redémarrera pas, je fais partie de ceux qui ont eu le petit bug de l’installeur, tu sais, le fameux fichier qui n’était pas supprimé et qui faisait que Lion croyait qu’il n’était pas installé… et donc relançait la procédure d’installation… en boucle.

Sur le coup j’ai été très surpris, pas habitué à ce genre de bogue bizarre chez Apple, un peu comme si tous les matins je me réveillais en me demandant si j’étais réveillé…

C’est à partir de Lion que je vais aussi découvrir ce que c’est de devoir régulièrement rebooter son ordinateur sans raison, pratique que je ne maîtrisais pas, n’ayant jamais utilisé Windows…

Lion et le nouveau paradigme d’Apple concernant les protocoles réseaux, les autres machines locales qui changent de nom ou d’icône, qui sont connectées tout en étant déconnectées, déconnectées mais connectées, ou encore déconnectées et déconnectées… quand ce n’était pas tout simplement connectées parce que connectées (plutôt rare ça).

Web développeur de mon état, j’ai toujours eu un serveur Mac chez moi sur lequel j’hébergeais mes services, Apache, MySQL et PHP que je partageais dans une zone DNS locale limitée à mon réseau particulier que j’avais configuré en éditant les fichiers de Bind9.

Mon premier AMP, je l’ai compilé moi-même, mon QuickSilver 867 s’en rappelle encore, PHP m’avais à l’époque pris 5 heures pour se compiler, mais j’avais réussi.

Puis vint Mountain Lion et un sursaut d’amélioration, enfin pas sur le réseau, et encore moins sur le WiFi, Airport ayant décidé d’être de plus en plus mauvais au fil des versions sur ce point-là.

Même pas mal, je suis plus dur à cuir que ça, je ne vais pas me laisser bouffer par ce paquet de silice et je m’en sortirais quand même, mais avec ce sentiment que la qualité se dégrade de plus en plus.

Apple va continuer et sortir Maverick… qui sera l’un des éléments qui me pousseront à démissionner, ne supportant plus les griefs légitimes des clients à qui je devais mentir ouvertement, les accusant presque d’être à l’origine de tous leurs maux, alors que j’avais les mêmes problèmes en privé, mais que je ne pouvais pas le dire.

Difficile d’être formateur sur les technologies Apple et de se retrouver comme un con devant 10 élèves en train d’essayer de leur expliquer comment configurer Time Machine sur une Time Capsule… visible, mais inaccessible et qui donc refuse de valider la procédure d’activation. Obligé de finir mes démonstrations par des pirouettes, accusant la mauvaise qualité des connexions Internet pour expliquer les dysfonctionnements… du réseau local… hm !

« Messages », « Facetime », « Accéder à mon Mac », technologies qui ont une fâcheuse habitude à ne pas fonctionner, ou que l’on doit régulièrement réactiver sans raison apparente. Technologies qui pourtant faisaient la force d’Apple et qui représentait pur moi l’essentiel de mes démonstrations.

Quand j’y repense, j’ai un peu honte d’avoir ainsi roulé mes clients dans la farine en accusant tout l’Internet alors que la connexion entre les deux appareils n’était que locale (environ 4 mètres, quand même !)…

Marre de mentir, je finirai par dire mes 4 vérités à mon patron qui en récompense me foutra à la porte, on ne critique pas Apple voyons.

Bon d’accord, il ne m’a pas viré que pour ça, mais ce bordel ambiant me faisait vraiment honte et c’était de plus en plus difficile de recevoir les clients, sachant que la plupart des problèmes qu’ils soulevaient étaient bien causés par cette médiocratisation en cours, mais que je devais réfuter pour défendre Apple coûte que coûte.

Tu n’imagines pas Tim à quel point j’ai été soulagé de me retrouver au chômage, certes je perdais des sous, mais je gagnais tellement en qualité de vie.

J’ai repris mon ancienne occupation de père au foyer, et accessoirement de Web Développeur, et j’ai commencé à démonter WordPress, j’avais une idée pour un thème particulièrement optimisé, responsive, moderne et tout et tout, la consécration de nombreuses années de développements personnels enfin personnifiée dans un produit que j’allais peut être pouvoir vendre.
Pas facile le WP, mais bon, c’est le jeu.

Entre temps, mon QuickSilver va mourir de son alimentation (bonjour le choc après toutes ces années de bons et loyaux services), je réussirai à récupérer les données hébergées sur le serveur en démontant le disque dur et activerais le serveur local de mon iMac pour continuer à bosser.

En passant, merci d’avoir supprimé le partage Web, heureusement que je maîtrise (à mon humble niveau) le terminal et que je sais plus où moins quels fichiers modifier pour relancer mes services, cela ne me prendra que deux ou trois jours… seulement !

Mais voilà, je n’imaginais pas Apple faire pire, c’était sans compter sur Yosemite, le pire « truc » jamais produit par la pomme, une sorte de version bâtarde de Mac OS 7.5.5… en plus… euh… moderne.

C’était pourtant bien parti, j’avais fait la demande pour le bêta test public et j’avais été accepté, j’ai donc eu la chance de tester Yosemite avant tout le mode et pour une bêta je l’avais trouvé plutôt stable.

J’ai donc sauté sur Yosemite à sa sortie publique, je le regrette fortement, si j’avais su que cela m’amènerait aujourd’hui à reconsidérer mon métier…

Dès le premier redémarrage de Yosemite, je vais perdre mon serveur… ne cherchez pas le lien, c’est un peu comme si vous vous vouliez installer un nouvel autoradio dans votre voiture, et qu’en retour la cafetière du voisin se mettait à faire du thé.

L’explication est d’une simplicité presque vexante et se résume à la superbe nouvelle barre d’adresse / recherche unifiée de Safari qui décide d’elle même si vous tapez une URL ou une requête Google…

Rappelez-vous ci-dessus je vous parlais de mon serveur sur lequel j’avais défini une zone DNS très privée (toutes mes machines ayant leur propre nom de domaine du type : roger.truc, albert.truc) qui définissait une extension de domaine fictive le .truc

Ben voilà, avec Yosemite, les bogus sont tout simplement impossibles car Safari considère sans vous le demander que c’est une requête Google… bonjour la faille de sécurité, je suis même étonné que personne ne se soit lancé dans une procédure sur ce point-là, mais en même temps, les professionnels étant sérieux par définition, il serait logique de penser qu’ils utilisent de moins en moins le Mac, préférant utiliser de vrais outils.

Je vais sauver ma mise grâce à Ubuntu Server 14.04 que j’installe en urgence sur mon vénérable MacBook Noir, deux heures après, j’ai un serveur fonctionnel, mes bogus sont revenus grâce à Firefox et FirefoxDevelopperEdition (une tuerie ce truc) et le serveur tourne H24 depuis plusieurs mois sans le moindre problème, un seul reboot pour raison de sécurité.

Je suis du genre à persévérer et faire abstraction, je ne vais pas vous citer tous les problèmes rencontrés, j’en aurais pour 8 pages de plus, citons seulement Safari, qui pour un développeur Web est quand même un outil important.

La barre d’adresse / recherche unifiée ! Mon cher Tim, as tu seulement posé la question à un seul développeur Web avant de valider cette aberration ?

J’ai un projet sur le Net, et je le protège avec un certificat SSL, tu sais, le petit ’s’ que l’on ajoute au protocole dans l’adresse, le HTTP devenant HTTPS…

Ben tu vois, je clique dans la barre d’adresse et je n’ai que le nom de domaine machin.com, envolé les trois w et le http://…

Bon, ce n’est pas grave, je le tape à la main pour vérifier mon certificat, puis constatant que ça marche, je reviens sur le HTTP pour vérifier que je me fais bien éjecter par mon script.

Ah ben là, l’adresse est entière, chouette, je n’ai qu’a enlever le ‘s’ et ça roule.

Je dois retester en HTTPS, pas de problème, je clique dans la barre… et toute la partie protocole à encore disparue… c’est lourdingue comme tu ne l’imagines pas Tim, vraiment lourdingue.

Et je ne parle pas des cookies qui me demanderont plusieurs heures de recherches dans les arcanes sombres de Safari pour les retrouver, ou leurs gestions dans les préférences qui d’un coup se limitent à « supprimer toutes les infos liées aux sites (cookies, caches, LocalDB) » là où avant on pouvait supprimer juste le cache ou juste le cookie…

Mais bon je suis tenace et quand je reçois un mail d’Apple me demandent de tester la dernière bêta 10.10.3 avec le tout nouveau Photo, je m’exécute tranquillement et me lance dans l’aventure… et quelle aventure mon ami, la dernière pour tout te dire, juste la dernière, si j’avais su…

Apple me conseille d’installer cette bêta sur un disque externe, merci de me le préciser, comme si je n’avais pas un disque dédié, je te rappelle Tim que je l’ai déjà testé le bidule au cas où tu aies oublié.

Je vous écris cet article depuis le Mac de mon fils, mon iMac n’a pas survécu à ce test et il est mort tranquillement quelques jours plus tard…

Tu vois Tim, avec ta parano de vouloir tout contrôler, tu identifies les machines éligibles aux bêta test par leur numéro de série…

Je reprends, tu me conseilles d’installer la bêta sur un disque externe, ce que je vais faire, mais tu identifies ma machine sur son serial number…

Une fois de retour sur ma version normale, je vais découvrir un App Store complètement bogué qui est bloqué sur la mise à jour 10.10.3 bêta… euh… et plus aucune autre mise à jour ne me sera plus jamais proposées.

Les lenteurs vont se faire de plus en plus régulières et violentes, jusqu’à tout à l’heure ou je serai forcé de redémarrer le Mac… il ne redémarrera pas.

J’ai tout essayé, je te rappelle mon cher Tim que je suis un ancien tech certifié, je crois savoir à peu près quoi faire dans ces cas-là.

Finalement, j’ai tout réinstallé et tu me croiras si tu veux, mais maintenant j’ai un Yosemite 10.10.0 et App Store ne me propose que la 10.10.3 bêta.

iTunes et mail sont lancés, mais n’ont plus de fenêtres… cool.

Les lenteurs sont juste incroyables, environ 5 minutes d’attentes toutes les 5 secondes…

Dernière chance, formatage et clean installe… en croisant tous les doigts que je trouverai pour que Time Machine fonctionne…

Le couperet est tombé, ma sauvegarde Time Machine, que j’ai pourtant vérifiée avant de lancer la clean installe, est corrompue…

J’ai TOUT perdu, je n’arrive même pas à ouvrir l’image disque, 816 Go de données qui occupent de l’espace mais qui ne sont pas récupérables…

J’ai du mal à écrire, je n’ai aucun moyen de calculer la perte, elle est juste énorme.

Bien entendu, le dossier contenant une grande partie des éléments de mon procès en cours fait partie des éléments perdus, la partie adverse va pouvoir s’amuser, la plupart de mes preuves ont disparues…

En gros, pour me remercier d’avoir testé ton machin, tu viens juste de supprimer ma vie informatique, plus de 20 ans de travail, des milliers de fichiers originaux, des millions de lignes de codes…

Comme tu as pu le voir au cours de mon récit, j’en ai fait des efforts pour toi, mais là, j’arrête les frais, ce n’est plus possible, de toute façon je n’ai plus l’envie, c’est plié, adieu Apple…

Il est 2 h 30 du matin, l’iMac est sur la table d’opération depuis 17 h 30 et je crois que je vais arrêter de me battre, je dois accepter, c’est ainsi, c’est la vie.

Je ne suis même pas en colère Tim, tu vois, quand l’iMac fonctionnait encore, je pestais à chaque bug et je m’énervais 50 fois par jour, maintenant, je n’ai plus rien, donc fatalement plus de raison de m’énerver.

Non, je ne suis plus en colère Tim, je suis juste triste et plutôt serein, aujourd’hui j’ai une idée claire de mon avenir, car il ne sera plus lié à l’informatique, ces expériences ont eu raison de ma passion, je vais maintenant pouvoir me consacrer à des choses plus importantes, mes enfants, mon jardin, mes amis, ma famille et l’écriture, j’aime écrire.

Salut à toi, Tim, bonne chance pour la suite.

Ce fut malgré tout une belle aventure.

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(\_ _/)
(='.'=)
(")_(") Maître Maa